La révolution dentaire passera par la prévention ou n’aura pas lieu

isabelle saleck, le 14 décembre 2017

En cette reprise des négociations conventionnelles, l’accès aux soins et la prévention sont les objectifs déclarés prioritaires par la Ministre de la Santé et des Solidarités. La FSDL souhaite réaffirmer l’importance de ces enjeux de santé publique et proposer des mesures concrètes pour redonner à la population française la santé bucco-dentaire qu’elle mérite.

Il est nécessaire de passer d’une politique centrée sur la maladie à une politique plaçant la prévention et l’éducation au cœur de sa stratégie, du “tout curatif” au “tout préventif”. Les affections bucco-dentaires, le plus souvent évitables, imposent au patient d’être « acteur de sa santé », essentiellement par l’acquisition de pratiques d’auto-soins (hygiène bucco-dentaire et suivi régulier par son chirurgien-dentiste). La démarche implique de passer du statut de patient-assuré social à celui d’un patient-responsable et des mesures politiques courageuses pour l’y encourager. Elle implique un patient aussi investi que son chirurgien-dentiste dans la préservation de sa santé.

La création d’une MISSION de prévention permettrait d’accompagner des comportements favorables en termes d’alimentation, d’hygiène ou de recours aux soins. Elle permettrait aussi d’intégrer tous les actes de prophylaxie : détartrage, sealents (soins conservateurs et de prévention), fluoration, nettoyage prophylactique. Cette MISSION pourrait être considérée comme l’engagement du chirurgien-dentiste, qui, par la création d’un forfait « chirurgien-dentiste traitant » pourrait voir valoriser son rôle de « dentiste de famille », intégrant le parcours de soins du patient et validant avec lui la périodicité de son suivi. Sur le principe de la capitation, la déclinaison de ce forfait pour les populations dites « fragiles » permettrait la valorisation de prises en charges globales de patients plus complexes. Ce nouveau mode de rémunération permettrait de favoriser la délégation de tâches aux assistant(e)s dentaires, nouvellement inscrit(e)s au Code de la Santé Publique, dont l’une des compétences requiert l’éducation à la santé bucco-dentaire.

Les soins dentaires, considérés comme « petits risques », font l’objet d’une prise en charge partagée tripartite : sécurité sociale, complémentaire santé collective et complémentaire individuelle. Cette prise en charge est fondée sur les principes de solidarité (la collectivité prend en charge les besoins), de justice (les besoins sont inégaux selon les individus) mais devrait aussi être mise en balance avec la responsabilité de chacun vis-à-vis de sa santé, dès lors que la responsabilité collective a maximalisé ses chances de réussite par la prévention et l’éducation. Néanmoins, le système ne fonctionne qu’en contenant la dérive assurantielle des complémentaires santé. S’éloignant trop souvent des objectifs de la Charte de la Mutualité, nous savons bien que ces organismes ont tendance à s’orienter vers une individualisation du risque plus que vers sa mutualisation.

Aujourd’hui, les patients demandent à être accompagnés vers le bien vivre et le bien vieillir (aussi bien en termes de qualité de vie, d’esthétique, que de bien-être psycho-social). Les choix faits dans le passé, possiblement justifiés et rationnels à une époque, ont perdu de leur pertinence. Les laisser perdurer en raison de coûts d’opportunités élevés, d’efforts trop importants ou d’oppositions démagogiques ou corporatistes serait néfaste pour nos concitoyens. Les exemples danois ou allemands nous ont montré la voie et surtout les bénéfices de la mise en place de ces politiques. Osons, enfin, une vraie politique de prévention bucco-dentaire en France ! Les chirurgiens-dentistes sont prêts à en être les acteurs.

 

Dr Marie BISERTE
Secrétaire Générale Adjointe de la FSDL


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