En juin 2023, alors que nous étions en pleine négociation de la convention, le Directeur général de l’Assurance Maladie m’avait contacté pour m’annoncer, gêné, avant publication officielle, la décision unilatérale et sans concertation du Ministère des Finances de baisser la part obligatoire AMO de 70 % à 60 % et donc d’augmenter la prise en charge des complémentaires santé de 30 à 40 %.
Cette décision avait fait grand bruit à l’époque car beaucoup y voyaient le signal du désengagement de l’Assurance Maladie dans les remboursements des soins dentaires et des conséquences non négligeables sur les cotisations des assurés.
Il n’aura pas fallu attendre très longtemps pour constater une hausse de cotisations des mutuelles, assurances et institutions de prévoyance, en moyenne de 3 à 5 % alors que 0,5 % aurait largement suffit pour absorber cette augmentation de 500 millions d’euros du ticket modérateur.
Mercredi soir, j’ai reçu par mail une invitation de la Directrice de cabinet de la Ministre de la Santé me conviant à une réunion le lendemain sur « l’actualité budgétaire » (sic) : l’objectif de cette convocation était l’annonce, encore une fois, sans aucune concertation ou discussion avec les représentants de la profession, d’un nouveau transfert de la prise en charge de l’AMO vers l’AMC, de 5 % à minima : un projet de décret annonce d’autres chiffres.
Au-delà de la forme, “convocation” pour une réunion qui se déroule en moins de 24 heures, cette annonce sans concertation est significative de la morgue avec laquelle les professionnels de santé et leurs représentants sont considérés.
Quel mépris pour les chirurgiens-dentistes, seule profession médicale concernée par cette mesure, passée “en douce” un 23 juillet en pleine période estivale, alors qu’ils se démènent chaque jour pour gérer un nombre conséquent de rejets de tiers payant dans le cadre du dispositif « génération sans carie » et qui désormais n’auront d’autre choix que d’abandonner non plus sur 40 mais 50 % de parts d’impayés EBD en cas de non respect de la garantie de paiement contractuelle par les organismes de gestion complémentaires.
Quel mépris pour les 2,5 millions de français sans couverture complémentaire qui vont voir leur reste à charge augmenter à nouveau avec un risque d’abandon dans le recours aux soins dentaires.
Quel mépris enfin pour tous les français qui, depuis 10 ans, ont vu leurs cotisations d’assurance complémentaire doubler et qui vont encore une fois mettre la main à la poche tandis que les grands groupes mutualistes et assurantiels vont engranger des milliards d’euros supplémentaires.
N’oublions pas que ces complémentaires santé ont dépensé 9 milliards d’euros en frais de gestion et publicité et possèdent des réserves financières de plusieurs dizaines de milliards investis dans des grands vignobles et un patrimoine immobilier à rendre jaloux les plus grosses fortunes mondiales.
Si l’Assurance Maladie est en faillite, c’est tout d’abord la faute de nos politiques qui ont dilapidé inconsciemment l’argent public depuis plus de 40 ans et font payer aujourd’hui l’ardoise aux contribuables : des taux de prise en charge sans cesse dévalorisés, mais à taux de cotisations obligatoires sociales et complémentaires régulièrement augmentés. Nous nous rapprochons de la définition littérale de la faillite, déjà annoncée par la Cour des Comptes dans son Rapport sur l’application des lois de finances de la sécurité sociale 2025.
Il y a des économies à réaliser en matière de santé bucco-dentaire et cela passe par une réelle politique de prévention, d’attractivité professionnelle et une prise en charge correcte des plateaux techniques des chirurgiens-dentistes. Croire que se défausser et refiler le « bébé du dentaire » aux complémentaires santé suffira à renflouer les caisses est une faute grave aux répercussions catastrophiques sur la santé globale de nos patients.
La FSDL continue sans relâche de dénoncer ces pratiques indignes et invite chacun d’entre nous à en tirer les conséquences, un an avant l’élection présidentielle. Chaque candidat devra se prononcer clairement sur son programme “santé” et nous les invitons dès aujourd’hui à entamer une réflexion prospective réaliste pour redonner un sens à notre engagement de soignant et stopper la financiarisation incontrôlée que nous constatons chaque jour, dont l’émergence a été favorisée depuis plus d’une décennie par des décisions politiques inadaptées.
Nous saurons être disponibles pour échanger avec les équipes de campagne mais une chose est certaine, la chirurgie-dentaire n’est pas la variable d’ajustement budgétaire adéquate des comptes sociaux !
« S’il existe au moins deux façons de faire quelque chose et qu’au moins l’une de ces façons peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu’un quelque part pour emprunter cette voie. » Loi de Murphy
Madame Rist, seriez-vous cette personne ?
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