ACCUEIL / ACTUALITÉ / EDITO

On a la politique de santé que l’on mérite

 

 

Les politiques de santé successives en France ont abouti à une situation dramatique dans laquelle l’hôpital ne peut plus remplir son rôle en cas de crise épidémique majeure tant les budgets ont fondu comme neige au soleil. Dépenser des milliards pour des tests antigéniques au lieu d’équiper nos structures hospitalières en matériel, personnel soignant,  et surtout mieux rémunérer ces professionnels de santé est quand même surréaliste.

Notre syndicat est actuellement en discussion chaque semaine avec les équipes « santé » de tous les candidats à l’élection présidentielle et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’évolution de la médecine bucco-dentaire en France ne les inspire guère.

La mise en application de la réforme 100% santé apparaît pour nos politiques, quelle que soit leur étiquette, comme LA  solution magique pour permettre à l’ensemble des français de bénéficier de soins dentaires de qualité. En tant que chirurgiens-dentistes, nous savons que c’est un leurre et tout reste à faire pour que nos cabinets puissent être économiquement viables s’ils ne devaient dispenser que des soins conservateurs.
On ne parle même pas de la prévention, quand on sait que la seule mesure mise en place avec la convention de  2018 est un examen bucco-dentaire non obligatoire à 3, 21 et  24 ans.

La FSDL avait pourtant fixé des objectifs clairs lors de ces négociations, et même si nous avons obtenu  des améliorations (augmentation de la base de remboursement de l’onlay, suppléments permettant les soins sur les personnes dépendantes,  prise en compte de la spécificité des diabétiques en santé orale) nous sommes encore très loin d’une dentisterie qui privilégie la préservation de l’organe dentaire au détriment du “tout prothèse en RAC zéro”.

Tous ces sujets, comme la démographie médicale, les déserts médicaux, les assistantes dentaires spécialisées,  la prévention primaire, les centres dentaires et leurs dérives, l’aberration déontologique des réseaux de soins… sont abordés avec “les responsables santé” des candidats et notre sentiment profond est que nous sommes consultés, mais que rien ne changera !

Seuls les sujets concernant les centres dentaires et l’obligation pour nos jeunes consœurs et confrères de s’installer dans des déserts médicaux  rencontrent un peu d’attention. Une vision qui est assurément guidée par l’actualité redondante dont ils font l’objet. 

Pourtant, il arrive que certains députés se battent  afin de faire avancer les choses, notamment  en promouvant les derniers amendements proposés par la FSDL concernant  les dérives des centres dits associatifs. Nous nous réjouissons que ces mêmes députés continuent le combat à travers une loi dédiée. 

Cette fracture de confiance envers nos politiques est-elle seulement due à leur incompétence sur ces dossiers ou leur absence de vision à long terme ?  Peut être pouvons nous aussi nous interroger sur le fait que nous, simples citoyens, ne faisons même plus l’effort de regarder leurs programmes. Nous nous  contentons de « picorer » sur les réseaux sociaux  les vidéos qui font le buzz : aujourd’hui les contenus de la communication politique doivent être émotionnels et courts. Pourtant, une vision politique  ne peut être véhiculée par une petite phrase sur Twitter ou une vidéo de 20 secondes sur « Tik Tok ».

Pour en revenir à la situation actuelle, comme le résume parfaitement la politologue Chloé Morin dans son dernier essai, il n’y a pas de complot ni de confiscation du pouvoir en France. À tous les niveaux, nous avons des élus qui sont, à un moment, sanctionnés par les électeurs et  nous sommes tous en partie responsables, en tant que citoyen,  de la médiocrité de notre paysage  politique. Les hauts fonctionnaires disent souvent qu’ils ont pris la place que les politiques ne veulent plus occuper.

Dans ce contexte particulier, il sera encore plus difficile de choisir un candidat censé modifier en profondeur les mentalités de notre société et apporter des idées neuves et bénéfiques à chaque concitoyen.

Pour autant  la FSDL et l’ensemble de ses cadres continueront à se battre pour que des réformes essentielles s’engagent dans les mois à venir afin d’améliorer nos conditions d’exercice mais également  stopper cette marchandisation en cours d’établissement pour notre profession.

Devrons nous aussi à terme prendre la place que les politiques ne veulent plus occuper ?

 

Patrick SOLERA
Président de la FSDL