Complice ou incompétente ?

Notre profession, depuis plusieurs décennies, a connu des attaques venant de tout bord. Les coups les plus durs ont la plupart du temps été portés par nos chers politiques et plus précisément par nos Ministres de la Santé successifs, complices d’un système ou simplement incompétents.

Dans quelle catégorie, pouvons-nous ranger Mme Stéphanie Rist notre Ministre actuelle ?

A son actif, nous pouvons parler de l’enlisement du dossier “Assistantes Dentaires de niveau 2” en raison de plusieurs couacs dans la rédaction de la proposition de loi mais également d’une volonté de faire traîner le dossier un maximum. Sans doute est-ce moins vendeur que des vaccins, des mesures à prendre contre une épidémie à venir ou une variole du singe dont plus personne ne parle 6 mois après. Heureusement, nous avons échappé au port du masque obligatoire et à une gestion calamiteuse de leur distribution. 

Dans la série des mesures contre productives, comment ne pas évoquer son amendement déposé le 17 octobre 2024, en tant que députée pour « conditionner le remboursement de soins d’orthodontie par la prise en charge par un chirurgien-dentiste diplômé d’une spécialité d’orthodontie ».
Pour justifier cette proposition, la députée s’appuyait sur la forte pénurie de chirurgiens-dentistes qui sévit sur le territoire alors que certains professionnels de santé pratiquent l’orthodontie sans disposer de cette spécialisation. Du jour au lendemain, des milliers de patients suivis dans un cabinet composé de chirurgiens-dentistes ayant un exercice exclusif en orthodontie auraient vu disparaître leur prise en charge par la sécurité sociale (et par ricochet leur complémentaire santé). Ce type de mesure délétère aurait créé un renoncement à cette catégorie de soins pour des raisons financières et des délais de rendez-vous chez des spécialistes multipliés par 2 ou 3.

Pas plus tard qu’hier, notre chère Ministre déclarait dans le journal Les Echos : «  Si nous ne transformons pas notre modèle, les Français devront payer plus pour leur santé  » 

Au-delà du cynisme affiché, doit-on rappeler à Mme Rist, que la décision, prise en catimini et sans concertation, de diminuer la prise en charge de la sécurité sociale de 60% à 50% (pouvant même descendre jusqu’à 40%) sur les soins dentaires à partir de janvier 2027, entraînera de facto une énième augmentation des cotisations des complémentaires santé de tous les Français ? Peut-être que Mme Rist pense détenir des moyens de pression sur des groupes mutualistes ou assurantiels privés pour éviter ces augmentations ? Si c’est le cas, nous aimerions bien les connaître car depuis 30 ans nous n’avons constaté aucun  » plafonnement » de leurs tarifs ! Il est vrai qu’il est plus facile d’obliger les professionnels de santé à plafonner leurs honoraires voir à les diminuer. 

Nous avons bien compris que pour notre Ministre, la financiarisation de la santé est inéluctable, les soins dentaires non  « essentiels » ou  « superflus » *, comme le déclarait, à une époque, une certaine Agnès Buzyn pour les prothèses dentaires en dehors du panier 100% santé : « Nous travaillons à un panier de soins de qualité, totalement remboursé, mais nous laissons aussi une partie de choix libre. Il faut laisser les gens qui ont envie d’accéder à du superflu puissent le faire« .

Mme la Ministre, notre syndicat continuera inlassablement de combattre vos mesurettes ou votre inaction afin d’éviter  de graves répercussions sur la santé de nos concitoyens et ce n’est pas vous dévoiler un secret que de vous dire : il est temps que votre mandat se termine le plus vite possible !


*Le décret actant la hausse du ticket modérateur, il place les soins dentaires dans la catégorie des soins non innovants, noté ainsi dans ledit décret :  » Objet : afin de renforcer la pérennité de notre système de santé et de permettre le financement par l’assurance maladie des soins et produits les plus essentiels, innovants et coûteux, le Gouvernement se donne les moyens avec le présent décret de modifier la répartition de la prise en charge des soins dentaires en renforçant la contribution des organismes complémentaires. »