Sevrage tabagique, un rôle à jouer pour tous les professionnels de santé
Isabelle Saleck, le 31 mai 2026

31 mai 2026, journée mondiale sans tabac. Et si c’était l’occasion de prendre conscience de notre rôle pour aider nos patients à arrêter de fumer ?
Les patients en bonne santé générale consultent plus souvent un chirurgien-dentiste qu’un médecin généraliste, ce qui rend pertinente notre action dans une intervention de prévention du tabagisme. Ajoutons que la consommation de tabac est à l’origine de multiples pathologies buccales mais également et avant tout d’échecs cliniques.
La loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé autorise de nombreux professionnels de santé dont les chirurgiens-dentistes à prescrire les substituts nicotiniques. Ainsi notre rôle peut aller bien au-delà du simple conseil.
L’addiction au tabac repose sur 3 formes de dépendances : physique (nicotine), psychologique (attente d’une réponse à une situation donnée), et comportementale (réflexe, habitude).
La prise en charge du patient fumeur comporte plusieurs étapes, qui peuvent s’enchaîner en fonction de la situation du patient et du temps disponible :
▶︎ Le conseil d’arrêt qui est le message minimal à délivrer à chaque patient fumeur : dépister de façon systématique le statut fumeur du patient, recommander l’arrêt du tabac, en personnalisant le message et proposer une orientation vers un spécialiste de l’addiction.
▶︎ L’intervention brève :
Au conseil d’arrêt s’ajoute, l’évaluation de la dépendance à la nicotine grâce aux tests de Fargerstöm (6 questions) ou Fargerstöm simplifié (2 questions), permettant d’établir un score à la dépendance. Le test permettra de mettre en place une première prescription de substituts nicotiniques, dont une réévaluation à 24h /48h est recommandée. L’intérêt ici est d’engager rapidement le patient vers un traitement personnalisé, sur le temps d’une consultation.
Le suivi régulier est la clé de la réussite. Si le patient présente des difficultés à maintenir son sevrage, il est primordial de l’adresser à un tabacologue qui sera en mesure de l’accompagner durablement.
▶︎ Le bilan tabacologique :
Intervention la plus complète, elle associera l’étude de la dépendance à la nicotine avec des tests plus complets comme le test CDS (Cigarette Dependence Scale) mais aussi la dépendance psycho-comportementale à la cigarette ainsi qu’un entretien motivationnel et un suivi psycho-social.
Là encore, le suivi régulier, l’accompagnement et le soutien à la motivation sont nécessairement à associer à la prescription de substituts nicotiniques.
Deux formes galéniques sont disponibles en France pour les Traitements Nicotiniques de Substitution (TNS) :
- Transdermique (patch/timbre) : à faible vitesse d’absorption ils permettent un apport de nicotine lent et constant
- Orale (gomme, comprimés à sucer et sublinguaux, pastille, spray buccal, inhaleur) : formes à action rapide permettant d’obtenir un « shoot » de nicotine se rapprochant de la prise d’une cigarette.
L’association de plusieurs formes galéniques (transdermique et orale) est plus efficace car elle s’approche de la consommation habituelle du patient fumeur et permet de supprimer le craving (l’envie irrépressible de fumer), ou du moins de le rendre gérable.
On considère qu’une cigarette industrielle apporte environ 1 mg de nicotine Ainsi chez un fumeur d’un paquet par jour, il sera prescrit un patch de 21 mg/24h. Après ce dosage initial, il est toujours nécessaire de le réajuster.

Premiers gestes en tabacologie – Livret d’aide à la pratique pour les professionnels de santé
En cas de consommation de cigarettes roulées ou de joints, prévoir une augmentation des doses. 1 joint de résine ou d’herbe de cannabis = 5 à 6 mg de nicotine, 1 cigarette roulée = 4 mg de nicotine
Se rappeler que les fumeurs qui tirent intensément sur leur cigarette peuvent en retirer jusqu’à 10 mg de nicotine.
Le recours aux traitements médicamenteux non nicotiniques (bupropion et varénicline), sont des options thérapeutiques de seconde intention et se font sur prescription et suivi médical.
L’utilisation de la vapoteuse n’est pas recommandée. On ne l’utilisera que si c’est un choix spécifique du patient qui devra être accompagné et guidé dans le choix de la concentration des e-liquids (à lire sur le sujet -pages 22 23). La vapoteuse peut être couplée à des TNS afin de pouvoir supprimer progressivement l’addiction psycho-comportementale. Rappelons également que la vapoteuse peut contenir des substances toxiques ou potentiellement toxiques et leurs effets sur la santé à long terme sont insuffisamment connus.
La prise en charge du patient fumeur dépendant est longue. Un arrêt trop précoce des TNS est un facteur de rechute. Ce temps long peut être difficile à assurer pour certains professionnels de santé qui ne doivent alors pas hésiter à orienter leur patient vers une consultation spécialisée de tabacologie.
A savoir : l’Assurance Maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (dispositifs transdermiques et oraux). Leur prise en charge a évolué, depuis le 1er janvier 2019, ces traitements sont désormais remboursés à 65 % par l’AMO.
Pour conclure, l’accompagnement par un professionnel de santé augmente de plus de 50 % les chances que le fumeur parvienne à arrêter et l’abstinence à long terme (> 6 mois), ce qui pourrait représenter plusieurs dizaines de milliers d’arrêts supplémentaires chaque année.
Pour aller plus loin :
- Santé orale et tabagisme : Livret d’aide à la pratique pour le chirurgien-dentiste
- Premiers gestes en tabacologie : livret d’aide à la pratique pour les professionnels de santé
- Tabac info service pour les professionnels de santé
- Les URPS FSDL vous propose aussi des plaquettes récapitulatives ou des formations gratuites

