Cumul emploi retraite : une nouvelle réforme bien dissuasive

Isabelle Saleck, le 30 juin 2026

La réforme issue de la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2026, surtout via l’article 102, modifie radicalement les conditions d’exercice en cumul emploi-retraite (CER) pour les chirurgiens-dentistes libéraux, à compter du 1er janvier 2027. Ces changements impactent à la fois la rentabilité de l’activité, l’acquisition de nouveaux droits et l’organisation même des cabinets dentaires.

Nous observons ainsi un changement radical de philosophie, passant d’un système incitatif à un mécanisme dissuasif.

En rendant le travail en retraite financièrement peu attractif pour les chirurgiens-dentistes libéraux, la réforme risque de provoquer une accélération des cessations d’activité et de compliquer la transmission des cabinets, aggravant ainsi les tensions dans certaines zones.

Il n’y aura plus de cumul avantageux sans avoir atteint 67 ans après le 1er janvier 2027. 

Techniquement, à quoi s’attendre ?

1- Durcissement de l’accès au cumul intégral

  • En 2025, sur les 41200 chirurgiens-dentistes en exercice, 1774 praticiens étaient sous ce régime de cumul emploi retraite intégral. Il permet de percevoir sa pension sans limitation de revenus, tout en acquérant de nouveaux droits. Son accès devient beaucoup plus difficile :
  • Avant 2027 : un praticien peut bénéficier du cumul intégral dès lors qu’il a obtenu le taux plein, soit par l’âge (67 ans), soit par la durée d’assurance (acquisition de tous ses trimestres cotisés : entre 170 et 172 selon sa génération).

Dès 2027 : le cumul intégral sera exclusivement réservé aux praticiens de 67 ans ou plus, quel que soit leur nombre de trimestres cotisés.

2- Le « piège » financier du cumul partiel

Pour les praticiens de moins de 67 ans ne remplissant pas les conditions de l’intégral, le régime partiel devient extrêmement contraignant. En 2025, seulement 45 praticiens avaient opté pour ce régime, qui n’était déjà pas particulièrement favorable à la profession.

  • Effondrement du plafond : le plafond de revenus autorisés passe de 48 060 € (en 2026) à seulement 7 000 € par an.
  • Sanction financière lourde : en cas de dépassement de ces 7 000 €, la pension de retraite est amputée de 50 % du montant dépassant le plafond.
    Exemple : un chirurgien-dentiste avec 40 000 € de revenus d’activité verra sa pension réduite de 16 500 € par an.
  • Cotisations à « fonds perdus » : contrairement au cumul intégral, les cotisations versées en cumul partiel ne génèrent aucun nouveau droit à la retraite.

3- Gestion des cotisations (RC et PCV) identiques

Le praticien en cumul reste redevable de trois types de cotisations obligatoires à la CARCDSF : 

  • Régime de Base (RBL) : commun à tous les libéraux, prélevé par la CARCDSF pour le compte de la CNAVPL, il repose sur des cotisations forfaitaires et proportionnelles basées sur les revenus N-1, avec régularisation annuelle.
  • Régime Complémentaire (RC) et PCV : basés sur les revenus de l’année précédente (N-1) sans régularisation.
  • Avantage PCV : pour les praticiens conventionnés, l’Assurance Maladie continue de financer 2/3 de la cotisation forfaitaire et 50 % de la cotisation proportionnelle.

4- Stratégie recommandée : la date butoir du 1er octobre 2026

Pour échapper à ces nouvelles règles, la CARCDSF conseille aux praticiens proches de la retraite d’anticiper la liquidation de leurs droits.

  • Clause d’antériorité (ou “clause de grand-père”) : seuls les retraités dont la première pension prend effet avant le 1er janvier 2027 conservent le bénéfice des anciennes règles (plus favorables).
  • Délai de sécurité : pour garantir une liquidation sous l’ancien régime, la demande doit être effectuée au plus tard le 30 septembre 2026 pour un effet au 1er octobre 2026

En conclusion, si vous avez un doute, n’hésitez pas à solliciter la CARCDSF, qui saura vous aider à choisir la meilleure solution en fonction de votre situation.


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