L’avocat de la FSDL répond à Santéclair

patrick solera, le 22 mars 2016

Par Maitre Luc-Marie Augagneur

Capture d’écran 2016-03-21 à 23.10.07Depuis plusieurs mois, Santéclair multiplie les communications destinées à fustiger l’honnêteté de tous ceux qui ne servent pas ses intérêts.

Après avoir expliqué à longueur d’émissions télé, de table-rondes et d’articles qu’elle fait rédiger dans la presse, que de nombreux acteurs de santé seraient des profiteurs sur le dos des patients, Santéclair souffre que ses propres pratiques puissent être mises en cause.

Plutôt que de soutenir le débat sur le fond, Santéclair préfère ainsi se confondre dans la victimisation et la mise en cause personnelle.

Dans son dernier acte de bravoure, elle affirme que l’économiste de la santé Frédéric Bizard, qui a remis un rapport à l’Assemblée Nationale sur les réseaux de soins, serait à la solde de différents syndicats dentaires, dont la FSDL.

Si l’intéressé est vraisemblablement assez grand pour défendre son pedigrée, le plus intéressant est dans la méthode. Santéclair laisse entendre que les travaux de cet économiste seraient commandités et que sa position serait isolée et infondée.

Pourtant, ce n’est pas lui qui est à l’origine de la critique de l’efficacité des réseaux de soin, mais plusieurs économistes américains, parmi lesquels Michael Porter, Professeur d’Economie à l’Université de Harvard, dont la notoriété mondiale et la nationalité feront difficilement douter chacun de la qualité du raisonnement et de l’impartialité (http://www.alternatives-economiques.fr/michael-porter_fr_art_630_40715.html).

Avec une autre économiste renommée, Elizabeth Olmsted Teisberg, ils ont montré en substance dans la Harvard business Review que constituer des opérateurs chargés d’acheter des soins en gros pour faire baisser les prix ne procure aucun gain ni pour les patients ni pour la collectivité (https://hbr.org/2004/06/redefining-competition-in-health-care).

Ils soulignent que cette stratégie favorise un achat à bas prix plutôt que des traitements durables de bonne qualité et que, si elle est efficace pour des marchés de biens standardisés, elle ne l’est pas pour des services répondant à des besoins individualisés comme en matière de santé.

Ils montrent  qu’une négociation sur un volume d’achat de soins récompense financièrement la procuration d’un afflux de patients par l’organisme acheteur/payeur de soins sans que cet avantage financier ne reflète aucune réalité de l’évolution du rapport qualité/prix.

En d’autres termes, les soins ne sont pas des petits pois, réduire artificiellement leur prix sous l’effet de la contrainte d’une super-centrale d’achat ne permettra pas de conserver leur qualité et leur longévité. C’est pourtant le modèle  promu par les réseaux de soin.

Que des économistes français reprennent cette démonstration apparaît à l’évidence insupportable à ceux que cela dérange. Alors au lieu de la réfuter et de soutenir le débat, ils préfèrent les campagnes d’attaques personnelles. Lors de l’adoption de la loi Le Roux, le législateur a prévu de dresser un bilan d’application des réseaux de soins. Si le bilan est  toujours attendu, la discussion parlementaire de fond ne pourra être éludée.

Contrairement aux sous-entendus de Santéclair, la FSDL n’a aucun lien avec Monsieur Bizard. Qu’elle ait pu citer cet auteur dans sa note au Conseil Constitutionnel n’en fait pas un inféodé, ou alors plus aucun débat argumenté n’existe.

Ce qui est particulièrement savoureux, c’est que Santéclair donne des leçons d’impartialité quand elle recourt de son côté à un pseudo-journaliste pour faire valoir ses thèses  http://www.eugenol.com/sujets/409457-le-journalisme-independant-facon-erwan-le-fur sans que l’expertise de celui-ci ne soit particulièrement reconnue par la science.

Sur l’efficacité des réseaux de soin, le législateur tranchera. A chacun de faire connaître un point de vue étayé. Celui de la FSDL est sérieux et ne pourra être passé sous silence parce qu’il est dans l’intérêt de la santé publique.

Mais dans l’immédiat, les réseaux de soin doivent respecter la loi qui leur interdit de se comporter comme des rabatteurs de clients.

Or, les faits sont là : faire du démarchage téléphonique pour persuader les patients de changer de praticien au bénéfice de leur réseau, sans avis médical, sans avoir accès au dossier médical, sans connaître le contenu du plan de traitement et en imposant une marque d’implant qui n’a pas de référence d’étude clinique ; cela est une atteinte intolérable à la déontologie, à la dignité médicale et à la liberté des patients.

Cela non plus, il n’y a pas de raison de le passer sous silence .

 

Maitre Luc-Marie AUGAGNEUR

Avocat de la FSDL

 

 


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