La FSDL quitte la table des négociations

isabelle saleck, le 25 mai 2018


Monsieur le Directeur Général,


Les discussions conventionnelles se terminent après 8 mois de réunions, plus ou moins productives, parfois reportées ou annulées. Elles auraient dû aboutir à un texte faisant la part belle à une dentisterie conservatrice, en y associant des actes de prévention, et ce pour inverser la situation actuelle induite par les conventions précédentes dévalorisant les soins précoces. Est-ce que cette mission a été remplie ?  Allons nous enfin nous diriger vers ce changement de paradigme auquel nous étions si attachés en début de discussion ?

Il faut reconnaître que la promesse démagogique présidentielle du panier RAC zéro a compliqué les conditions de négociations et fini d’enterrer tout espoir de changement de pratique : comment favoriser ce changement de pratique quand  un cabinet dentaire en 2023 ne pourra, économiquement parlant, être viable en ne réalisant que des soins préventifs et conservateurs.

A ce jour nous sommes au regret de  constater que la majorité des débats fut consacrée à remplir des paniers, pour accoucher d’un texte conventionnel, vous le reconnaîtrez, qui est loin d’être un choc de simplification, mais une formidable usine à gaz surpassant, à n’en point douter, le calcul du  fameux taux URSSAF!
À côté de cela, la mise en place de la CCAM en juin 2015 apparaîtra comme étant  d’une simplicité incontestable.

Ces derniers mois nous avons écouté nos consoeurs et confrères, la conférence des Doyens, les sociétés savantes, des leaders d’opinions et nous avons senti monter une  inquiétude légitime au fur et à mesure de l’avancée des séances. En effet les propositions devant permettre une prévention efficace et économiquement viable restent mineures et floues, et ce, même si, et nous vous en remercions, le sujet a pu enfin être abordé et sera, nous l’espérons, discuté dans les années à venir. Aujourd’hui, concrètement, nous nous retrouvons finalement avec un BBD de plus et, par exemple, une prise en charge parodontale pour les patients diabétiques, dont on ne sait plus si l’assainissement buccal non chirurgical sera pris en charge.

Nous avons pris la peine de vous parler longuement de la notion de gradient thérapeutique qui est véritablement le socle de la dentisterie contemporaine.
Qualifiée de biomimétique, cette dentisterie  repose sur 2 paramètres fondamentaux, l’adhésion et la préservation tissulaire.
Comme le disait l’un des plus grands artisans français  de cette dentisterie contemporaine « pourquoi se précipiter pour faire  en 10 secondes avec une fraise ce que la carie aurait mis de longs mois à détruire comme substance dentaire ? ».

Est-ce que le texte conventionnel que vous nous proposez d’adopter va dans le sens de cette dentisterie que nous défendons dans l’intérêt de nos patients ? L’entêtement à s’accrocher à un panier RAC maîtrisé va-t-il dans le sens de l’innovation concernant les matériaux ?
Même si nous prenons acte de vos propositions, les maigres valorisations contenues dans ce texte conventionnel  concernant les soins conservateurs ne peuvent contrebalancer 30 années de retard tarifaire. C’est un constat sans appel.
Un tiers des cabinets, pas seulement ceux que vous nommez de manière péjorative « de Parisiens » vont, hélas, connaître de graves difficultés économiques en raison de plafonds imposés et totalement déconnectés des réalités clinique et économique de réalisation des actes par votre administration. Ce ne sont pas des cabinets qui pratiquent une dentisterie élitiste et qui peuvent du jour au lendemain  se déconventionner comme vous l’énoncez : Non! ce sont des cabinets dans lesquels des praticiennes et praticiens consciencieux consacrent du temps aux soins conservateurs et mettent tout en œuvre pour préserver les dents et plus généralement la santé bucco-dentaire de chacun de leurs patients.

C’est donc bien un modèle d’efficience low cost qui va devenir la référence en matière de santé bucco-dentaire car au-delà des soins ne pouvant faire vivre économiquement un cabinet dentaire, le RAC zéro va déclencher des effets induits dont nous ne mesurons pas encore les conséquences dévastatrices.
La “ pseudo gratuité”  sur des couronnes métalliques ou des céramiques monolithiques type « lavabo » va à l’encontre de tous les objectifs de santé publique à savoir favoriser et orienter nos pratiques vers une dentisterie micro invasive dans un seul but de préservation  tissulaire de notre dent.

Aujourd’hui, malheureusement, les exemples de pratiques basées sur la solvabilisation de prothèses à bas coût existent et se généralisent dans des centres dentaires associatifs, et nous montrent concrètement les dérives à craindre d’un tel système. Connaissant les coûts d’un cabinet et les besoins constants d’investissements nous craignons de voir apparaître dans les cabinets libéraux ce genre de dérives, privant ainsi les patients d’alternatives viables et notamment dans certaines zones économiques où l’offre de soin sera difficile à maintenir, allant ainsi à l’encontre de l’effet recherché. Le rééquilibrage annoncé et voulu par tous les acteurs de cette négociation n’est pas atteint par votre proposition et pire cette proposition ancre davantage  pour les cabinets dentaires leur dépendance aux actes prothétiques.

Pour conclure, je dois vous informer que le bureau de la FSDL, a voté unanimement  lors de la réunion téléphonique du mardi 16 mai, d’envoyer cet après midi une délégation syndicale  réduite afin de vous signifier notre intention de ne pas participer à la séance de correction d’un texte dont le contenu ne répond  pas à nos attentes ni à celles de la majorité des chirurgiens dentistes français.
Pour respecter  les statuts de notre syndicat, un Conseil d’Administration aura lieu le samedi 16 juin pour valider, avec l’ensemble des cadres qui composent notre syndicat, notre décision finale concernant la signature éventuelle de ce projet conventionnel en se posant la seule question qui vaille : ce projet conventionnel permet-il l’amélioration de la santé bucco-dentaire de nos concitoyens et l’amélioration du cadre d’exercice de nos consoeurs et confrères ?

Nous espérons, Monsieur le Directeur Général,  que vous aurez la courtoisie d’attendre le résultat de ce vote car il ne serait pas très correct de faire abstraction de l’avis du syndicat placé en tête aux dernières élections URPS.

 

 

Patrick SOLERA
Président de la FSDL


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