La fable de la grenouille

isabelle saleck, le 8 mars 2018

 

Si l’on plonge subitement une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’échappe d’un bond, alors que si on la plonge dans l’eau froide et qu’on porte très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’habitue à la température progressivement tout en douceur pour finir ébouillantée.

Cette fable bien que totalement fausse sur le plan scientifique, n’en illustre pas moins la méthode employée par la CNAM pour nous endormir.

Dans le cadre des négociations conventionnelles, les propositions de la CNAM sont aujourd’hui connues et notamment les plafonds sur les honoraires de soins prothétiques. Certains se diront que les plafonds sont supérieurs à leurs honoraires actuels et d’autres que de toute façon ils s’adapteront, ce d’autant que l’on a toujours annoncé des catastrophes alors que la profession a su s’adapter ; les derniers enfin se diront après moi le déluge, je pars en retraite bientôt.

A tous je rappelle que les honoraires de soins prothétiques seront encadrés par la fameuse « clause de revoyure » : Si le volume global de prothèse augmente, les plafonds baissent mécaniquement… Nos chiffres d’affaires ne pourront pas se maintenir et nos investissements dans nos plateaux techniques être maintenus. Année après année, l’érosion de nos chiffres d’affaire nous asphyxiera lentement tout comme dans la fable de la grenouille. La mort de l’exercice libéral sera lente et douce et il sera trop tard.

Quelques « petits malins » pensent qu’ils pourront dissocier l’acte global grâce à la CCAM ou qu’ils factureront des honoraires NPC. Nous restons soumis à l’acte global et il n’est pas question d’imaginer saupoudrer des « montages en articulateur » ou des « photographies » pour réaliser une couronne. Ceci est d’autant plus vrai que la CNAM exige que les actes non remboursables soient aujourd’hui télétransmis pour en suivre le montant et certainement à terme les plafonner. La CNAM en a rêvé, la CNSD l’a fait ! La CCAM est l’outil parfait pour permettre un flicage complet de notre activité.

Ne rêvons pas, ce n’est pas la fin de l’odontologie en France, c’est la fin de l’exercice libéral tel que nous l’avons connu. Pas tout de suite certes car nous allons chercher à nous adapter à notre milieu mais à 10 ou 15 ans très certainement. L’état a trouvé la parade car il ne croit pas dans l’exercice libéral. Il croit au libéralisme et à la finance qui investit dans les centres dentaires qui vont éclore comme des champignons avec une main d’œuvre européenne low cost. Il croit l’UNPPD qui lui promet des prothèses usinées en zircone monolithique pour tous pas chères.

La FSDL défend un juste rééquilibrage des honoraires entre soins conservateurs et soins prothétiques avec un accent mis sur la prévention. Ce qui nous est proposé aujourd’hui est incompatible avec j’ose le dire une médecine dentaire de qualité malheureusement certains syndicalistes parkinsoniens du stylo ne défendent plus grand-chose ni grand monde pour le plus grand bonheur d’Agnès BUZYN et de Nicolas REVEL.

Catherine MOJAÏSKI ose écrire dans son dernier édito : « Si l’objectif d’excellence est indispensable pour tirer la profession vers le haut, il ne peut en aucun cas être un modèle, surtout quand il se confronte à la notion fondamentale d’efficience, à savoir le rapport qualité-prix essentiel pour tout financeur. »

A titre personnel, en tant que soignant, je pense devoir les meilleurs soins au patient qui s’installe dans mon fauteuil.  Je n’imagine pas un seul instant qu’un patient vienne me consulter pour être soigné moyennement. Nous devons bien évidemment l’excellence à nos patients et le rôle d’un syndicat est de tout faire pour permettre à tous les praticiens de pouvoir y arriver. C’est dur mais c’est le rôle d’un syndicat de défendre les praticiens et à travers eux les meilleurs soins pour nos patients ! Par ailleurs des soins de qualités ne veulent pas nécessairement dire des soins couteux ; nous le savons bien au quotidien.

Je refuse la punition et la double peine que d’autres syndicats s’apprêtent à signer. Je refuse le nivellement par le bas que certains appellent de leurs vœux. Non seulement nos honoraires vont être encadrés mais en plus les patients ne seront pas intégralement remboursés. Je ne suis pas un sous médecin et l’on ne proposerait à aucune spécialité en médecine de ne pas rembourser ses actes quasi intégralement si ceux-ci étaient plafonnés.

Nous allons être condamnés à discuter comme des boutiquiers pour le reste à charge des traitements tout en perdant notre espace de liberté. Il faut au minimum que l’État aligne sa prise en charge sur les remboursements de la CMU.

Si le gouvernement veut que nous fassions un effort, je dis pourquoi pas, chiche mais alors comme pour les médecins, il faut que nous mettions fin aux discussions d’argent pour ne nous concentrer que sur notre rôle de soignant. Nous ne pouvons pas être les seuls à faire des efforts et cela ne sera que justice pour nous et nos patients.

Dr Jean Louis HIRSCH
Vice Président de la FSDL Bourgogne Franche-Comté


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