Une phrase et la signature devient impossible…

isabelle saleck, le 14 juin 2018

 

Suivant un processus démocratique, les deux syndicats minoritaires de la profession ont consulté leurs instances début juin 2018 et se sont prononcés en faveur de la signature de la nouvelle convention, qui interviendra le 21 juin.


L’UD et la CNSD n’ont apparemment pas de leçon à recevoir en matière d’effets d’annonce et de « coup de menton » : cette convention présentée il y a deux mois comme « inacceptable en l’état », puis annoncée récemment à leurs adhérents comme « préférable au tout règlementé du R.A.», ou une convention « loin d’être parfaite mais toujours mieux que de laisser l’Etat tout fixer », est devenue, depuis qu’elle est validée officiellement par leurs administrateurs, un choix, qui n’est  même plus un choix par défaut, mais « un accord gagnant-gagnant entre les patients et les dentistes »!

Aucun administrateur, aucun porte parole, aucun cadre de la CNSD ou de l’UD n’a pourtant répondu officiellement à la question qu’une grande partie de la profession se pose (Cf les éditos de la FSDL, de l’Information Dentaire, les témoignages des CCDeListes), à savoir :

« Qu’est-ce qui a changé entre les mois de mars et mai ? Comment un document inacceptable  en mars devient un choix raisonné en juin ? »

Cette proposition de convention, nous l’avons tous lue et nous savons que les modifications faites, entre la proposition initiale et la dernière reçue ce mercredi 13 juin 2018, tiennent sur « l’épaisseur du trait ». Rien n’a transformé cette “feuille de route en marche arrière”  en un accord d’avenir possible et respectueux des techniques actuelles de la profession.

Hier, Agnès Buzyn a cependant changé la donne en annonçant:  « Les devis en optique, dentaire et dans le secteur des audioprothèses répondant aux critères du 100 % Santé devront obligatoirement s’accompagner du tiers payant généralisé. Les deux réformes sont concomitantes et parallèles, nous y arriverons. »

Chez les administrateurs de la FSDL, c’est le soulagement, et nous nous félicitons que nos consoeurs et confrères des autres syndicats aient encore le temps de revoir leur position. Le TPG  obligatoire concomitant avec le RACO n’était pas dans les propositions acceptées dans la convention et ces mêmes syndicats s’y sont toujours opposés!

Petits rappels nécessaires, afin de se rafraîchir la mémoire :

  • Thierry Soulié, actuel président de la confédération, déclarait dans une interview en octobre 2015, que la CNSD était « totalement opposée » au TPG. Peut être que la promotion récente à la tête de la CNSD de notre confrère a pu lui faire perdre la  mémoire ?
  • En septembre 2016, Philippe Denoyelle, alors déjà Président de l’UD signait un éditorial dont la dernière phrase était : « Par ailleurs, l’Union Dentaire réaffirme solennellement son opposition à tout accord qui pourrait conduire au tiers payant généralisé sur la part obligatoire ou complémentaire. »
  • Toujours en 2016, dans un communiqué, la CNSD affirmait : «Outre son côté dogmatique, la complexification et les sources d’erreurs rendent le tiers payant généralisé inapplicable pour les chirurgiens dentistes » . “Il est suffisamment utilisé sans avoir besoin d’être étendu en dehors des priorités sociales (CMU-C et Aide à la complémentaire santé CS) et réglementaires (prévention, accident du travail…) » .
  • Fin 2017, dans une publication sur le site CNSD.fr, le Dr Alexandre Nairi, Président CNSD06 écrivait :  « Avec le tiers payant généralisé obligatoire […], les patients risquent de ne plus avoir conscience de ce que coûtent réellement les traitements. Cela pose la question de leur responsabilisation ».

            Cette nouvelle mesure “concomitante et obligatoire” à la convention, devrait assurément amener les dirigeants de la CNSD et l’UD à reconsidérer l’apposition de leur signature au bas de la convention le 21 juin prochain, s’ils veulent rester en adéquation avec leurs  propos passés, à moins que ces discours n’aient été, qu’un unique effet d’annonce dénué de tout fondement de pensée et de volonté syndicale.

 

Lucas DE LAPORTE
Président de la FSDL Nouvelle Aquitaine

 


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